C'est à cette question essentielle que la journée organisée à l'aube de la 27ème fête nationale de l'unité du Cameroun qu'ALTCAM a voulu répondre en réunissant autour d'Aimé Richard LEKOA des universitaires émérites, notamment Kisito OWONA enseignant philosophe et Jacques Philippe Mani spécialiste en éducation. Ont répondu à cette manifestation, des décideurs politiques français et africains ainsi qu'un auditoire avisé, curieux et intéressé par la thématique et l'objet de l'événement.
La journée a commencé par la projection d'un documentaire au titre révélateur : « l'Afrique à l'heure des images ». Une réalisation de Paulin Tadadjeu une compilation des idées reçues sur l'Afrique développées dans le cinéma occidental.
Dans son introduction Aimé Richard Lekoa, président d'Alternative Cameroun, a fixé à la journée d'échanges un double objectif.
Il s'agit d'une part d'approfondir une réflexion commune sur la nécessité de la mise en place d'une plate forme de débats et de réflexions sur le Cameroun. Assumant la réalité d'une difficulté à fédérer les camerounais autour d'un même projet de développement et soucieux de réaliser son dessein, Alternative Cameroun s'assigne la mission d'inventer de nouveaux instruments d'analyses et de discours.
Le second objectif n'est pas moins important puisqu'il vise à pérenniser le mouvement en cours.
La journée d'échanges de Lyon se veut un pilier des rencontres que le club entend consolider et pérenniser.
Le président d'Altcam a appelé de ses v½ux la constitution à une grande échelle, d'un réseau de femmes et d'hommes porteurs de projets s'inscrivant dans la recherche d'alternative, de responsabilité et de progrès pour le bien du Cameroun.
Deux exposés étaient présentés pour montrer les enjeux d'une Diaspora pensante et agissante afin de compléter les indications du club de réflexions et d'analyse et de propositions.
Près d'une heure durant, les deux intervenants ont présenté tour à tour une philosophie du développement pour le Cameroun en mettant en évidence l'apport certain de la diaspora et ce qui pourrait être ses implications nobles dans la quête d'un cadre social et économique commun.
Faisant l'économie des propositions qui font l'objet d'un travail cloisonné et à ce jour circonscrit par thème avant que l'ensemble du projet puisse montrer sa cohérence globale.
Alternative Cameroun se doit de se soumettre à des exigences des exigences fortes.
Obéir à des exigences stratégiques et humanistes.
- sur l'ordre stratégique : l'évolution du monde se caractérise aujourd'hui par la mise en commun des efforts individuels, par les regroupements nationaux et supranationaux, par l'organisation des réseaux. L'absence d'une représentation des camerounais à certaines instances est inadmissible et constitue un préjudice pour le pays et notre communauté dans les pays qui nous accueillent.
- Sur l'ordre humaniste : la solidarité africaine qui a tant été vanté risque de devenir un concept fantasmatique si rien n'est fait pour resserrer les liens qui nous unissent. Car, nous ne pouvons pas décrier une situation et rester inactifs comme si les choses allaient changer seules, comme si cela était l'affaire des autres.
Sur le plan politique, la gestion de la cité, des biens et des personnes à ce jour montre ses limites, de fait, plus de démission face à l'inertie de notre gouvernement
Il nous faut donc participer activement à la gestion de la chose publique et il est plus qu'impératif de développer tant que faire se peut une bonne capacité d'organisation. L'absence d'associations à caractère socio professionnelle, le développement des relations superficielles, la rétention de l'information par certains limitent la mise en place d'une véritable structure fédérative. Le repli identitaire, une extrême suffisance et un égo démesuré en sont les principales causes.
D'autre part il nous faudrait multiplier des actions concrètes. Car certaines associations sont parfois surréalistes et desservent notre cause. Elles deviennent plutôt un obstacle à une fédération pouvant déboucher sur des projets communs. Il nous faut pour ce faire une diaspora dynamique et mobilisée.
En outre, il faut replacer la responsabilité au c½ur de l'action politique. On parle de « responsables politiques ». Pour l'heure, on voit plutôt au pouvoir des « irresponsables politiquement ». La responsabilité politique, incite à formuler des propositions politiques cohérentes. Elle donne au dirigeant le goût de l'effort. Elle l'oriente vers la mesure. Elle le rend libre, en fait. Car un responsable politique, doit connaître et assumer le lien de confiance qui l'unit à son peuple, lequel se sentirait réellement représenté par lui.
Sur le plan économique : il importe de noter les apports de la diaspora :
- Les camerounais de la diaspora sont des acteurs importants pour le développement du Cameroun et doivent être perçus comme tels.
- Ils interviennent directement et implicitement dans l'économie au travers de leurs transferts et investissements
- Ils constituent un groupe de lobbying pouvant faciliter des partenariats économiques
- Ils peuvent éclairer les compatriotes sur les dysfonctionnements conjoncturels et structurels des systèmes mis en place depuis l'indépendance de notre pays.
- Ils peuvent proposer un plan de solidarité qui rompt avec l'égoïsme en construisant ensemble un cadre de vie solidaire pour endiguer la fracture sociale qui gangrène notre pays.
Des échanges entre les intervenants et le public ont été fructueux. Des questions et des remarques ont fusé de la salle dégageant plusieurs points saillants, sur lesquels des nouvelles journées à thèmes seront organisées pour les aborder afin de proposer à notre pays un cadre de solutions.
Lors de cette journée, nous avons noté, sans surprise, le scepticisme de certains de nos compatriotes quant à la crédibilité et la légitimité de notre projet. En toute démocratie et ouverture d'esprit, nous avions été amenés à nous expliquer et à expliquer notre démarche et notre projet pour le Cameroun. Nonobstant notre souci de la transparence et notre volonté de lever toute équivoque, un jugement sévère a été porté sur le fonctionnement de notre organisation et des autres structures parlant au nom des camerounais.
Des échanges entre les intervenants et des questions ou remarques de la salle se dégagent plusieurs points saillants.
Le diagnostic est connu et les résultats prévisibles. Néanmoins c'est tout le mérite d'Alternative Cameroun de replacer ce constat actuel au goût du jour et de relancer son initiative.
Ensuite, les intervenants ont interpelé les organisateurs sur la nécessité de diversifier les intervenants afin que toutes les couches sociales de la diaspora soient représentées afin que tout le monde y trouve son compte et ne pas faire d'Alternative Cameroun le lieu de rencontres privilégié des seuls intellectuels et érudits.
Si nous notons la nécessité de mettre en place une structure de réflexions et d'échanges et de propositions, il reste à souligner les différences de tonalité sans doute, mais non de fond.
S'il n'est pas facile de trouver la voix (voie) juste face à un débat où se mêlent tant de paramètres il n'en demeure pas moins de veiller à conserver toujours un ton ouvert. Mettre le dialogue au c½ur de notre action nous aiderait sans doute à mieux comprendre, mieux aider, pour admettre exceptionnellement la primauté de notre idéal de progrès pour le Cameroun et passer enfin d'un mode de traitement mécanique à une dimension plus raisonnable.
C'est peut être là le défi de notre temps et d'Alternative Cameroun.
Président D'Alternative Cameroun