Les raisons du débat
La pensée est une activité que nous devons exercer pour ne pas sombrer dans l'oubli. Tant d'hommes sont mort au Cameroun, en Afrique et dans le monde, parce qu'ils voulaient changer le cours de l'histoire, parce qu'ils combattaient pour un idéal. Mais beaucoup de ces hommes et femmes n'ont pas de mémoires, même l'histoire ne les a pas retenu, ils ont sombrés dans l'oubli. Le combat intellectuel, la contribution par le débat sont aussi une manière de rendre hommage à toutes ces personnes, et à éviter nous mêmes de passer en pertes et profits de l'époque actuelle.
Je ne peux donc m'empêcher à chaque fois que j'écris de renouveler la nécessité d'écrire, de penser, de ne pas laisser nos idées mourir au fond de nous,mais aussi l'engagement que notre combat n'a pour seule finalité que ses résultats sur le terrain, en terme d'amélioration des conditions de vie des masses qui souffrent en Afrique et dans le monde, et plus particulièrement au Cameroun, où plus de 85% de familles vivent avec moins de 1 euros par jour, misère insupportable donc.
Le constat de l'échec
Paul Biya dans son discours du 31 décembre 2006 aux camerounais, a été très clair, le pays est pauvre alors qu'il devrait jouer les tous premiers rôles. Il se demande comment le Cameroun, avec toutes les richesses dont il regorge peut se retrouver à un tel niveau de pauvreté et de misères de ses populations. Il nous dit que dans les années 70 le Cameroun qui était un pays à revenus intermédiaires se trouvait au même rang que des pays comme le Malaisie, Taiwan et bien d'autres, et ces derniers sont aujourd'hui de nouveaux pays industrialisés et font des dons et des aides de tout genre aux pays pauvres d'Afrique dont la Cameroun. Paul Biya nous montre là donc une situation calamiteuse, un constat d'échec de nos dirigeants depuis les indépendances des années 60. Paul Biya comme consultant ou observateur se révèle très brillant, on serait donc tenter de lui demander de changer de métier, et de lui dire qu'il trouvera facilement un job dans une rédaction d'un journal ou dans un cabinet conseil, mais de grâce de laisser sa place de chef de l'état. Chargé de présider, de piloter et de conduire notre pays vers la modernité, tel qu'il le disait lui-même à son arrivée au pouvoir, il a plutôt, et le constat est de lui, conduit notre pays vers l'inertie, la corruption, le sous développement et la perte de toutes les valeurs qui sont celles d'une nation souveraine et fière. Pire encore le président de la république nous dit dans son discours de v½ux qu'il ne nous promet pas d'atteindre le niveau de ces pays émergents dans les 10, 15, 20 ans à venir, mais promet de faire quelque chose. De qui se moque t-on à vrai dire ? Après 25 ans de pouvoir, qu'on n'avait présenté comme 25 années de construction, de modernité et de démocratie, on vient nous faire un aveu d'échec et d'impuissance, avec une attitude passive comme si on était étranger à cela. De toute façon, la vérité historique qu'il faut retenir est que après Ahidjo, Biya vient de se planter lamentablement, et vient nous faire le numéro de la femme violée épleurée qui se plaint de ses bourreaux, je pense que là on a le bourreau qui se déguise en femme violée.
Si on admet que toute réflexion doit déboucher sur des propositions claires, et ne pas se limiter à la critique, certes acerbe mais muette et vaine, on ne peut pas oblitérer l'exigence de faire le tableau de la situation pour mieux y apporter des remèdes. Un médecin qui veut soigner une tumeur doit en faire le scanner.
A l'indépendance le Cameroun, est un pays rural, agricole, où l'essentiel des populations vit dans les villages ou dans des petites villes. Les grandes villes comme Yaoundé et Douala ont chacune à peine 800 000 habitants. Une petite classe de fonctionnaires sortie des écoles supérieures sur places et des universités françaises ou anglaises parfois fait la pluie et le beau temps. la vie est belle, Ahidjo qui arrive au pouvoir sous la coupe des français avec pour seul but de mater la rébellion et de faire tomber André Marie MBIDA jugé incontrôlable par l'administration coloniale va s'atteler à construire une identité nationale qui ne reposait alors sur rien. Tous les évènement qui vont suivre, la réunification des deux Cameroun, la construction des routes, des écoles, des universités, des bâtiments et d'un tissu urbain vont se faire sur fond de dictature effroyable. Les derniers bastions de la rébellion UPC seront matés avec l'aide, j'allais dire sous la direction des français d'une manière cruelle et intrépide, ce qui fait dire à certains historiens qu'on a assisté là un véritable génocide. Certains documents historiques révélés font état de plusieurs centaines de milliers de morts principalement dans les pays de Sanaga maritime et de l'ouest cameroun. Toujours est il que la répression est horrible, l'unité nationale devient un slogan mais aussi un prétexte à toutes les formes d'abus. Les gens sont jetés en prison sur simple dénonciation, de centaines de milliers de personnes subiront ainsi toutes les formes de tortures les plus inhumaines, et la plupart d'entre eux y laisseront leurs vies.
Ahidjo finit par construire son unité nationale, par construire aussi le pays, à coup de plans quinquennaux grâce à l'argent du pétrole qui coulent à flots dans ces années là au Cameroun. On peut aussi y joindre l'argent des produits de rentes tels que le Cacao et le Café, le Cameroun se trouve alors parmi les producteurs de tout premier rang mondial. Sans oublier le bois et les autres produits d'un sous sol de plus en plus riche, bauxite, cobalt et autres.
C'est dans ce contexte qu'un ancien de Science Po Paris, venu gonflé les rangs des fonctionnaires néocoloniaux de Yaoundé en 1962, va succéder en 1982 à celui qu'il considère comme son mentor à la présidence de la république du Cameroun, alors qu'il était premier ministre de monsieur Ahidjo.
Il va tout de suite emporter l'adhésion de tout un peuple, qui croit alors sortir de cette chape de plomb qui le couvre depuis 24 ans de présence de ce peulh « inhumain et despotique ». Les gens de tout le pays considèrent Biya comme un libérateur, dans un pays croyant où on est prompt à croire à un messie humain, Biya apparaît comme tel et en a conscience, et il jouera d'ailleurs de ça. Biya va enfiler ce nouveau costume de ce rôle qu'on veut lui faire jouer, et se prendre ainsi au jeu, en annonçant la rigueur et la moralisation, un libéralisme communautaire, des termes dissonants sans aucune emprise avec aucune réalité locale, mais emportant l'adhésion de tout le monde. La modernité, la démocratisation de la vie publique, la bonne gestion, la rigueur, la lutte contre le gaspillage, voilà autant de slogans qui sont salués par tous les états majors et toutes les rédactions du monde entier, et tout le monde annonce une nouvelle ère dans ce pays de la forêt équatoriale, dans ce pays des hommes libres comme Ruben UM NYOBE et autre Félix MUMIE, tout le monde croit à une révolution, à un renouveau, à une renaissance. D'ailleurs Biya lui-même appellera son régime, le « régime du renouveau », il reconnaîtra par ailleurs en 1982, qu'il hérite d'un pays riche et prospère. Alors comment Biya nous explique aujourd'hui qu'en 25 ans d'un pouvoir solitaire et autocratique, il ait déçu ces espoirs, se soit renié et compromis, soit passé du rêve au cauchemar dans la mémoire du peuple camerounais, et représente aujourd'hui l'incarnation des démons qui habite ce pays et l'empêche d'aboutir à un véritable progrès social, culturel et économique.
Les possibles raisons de l'échec
Rigueur et progrès, voilà des mots qui sont à l'origine dès les premières minutes du régime Biya, qui tomberont en désuétude dès le 6 avril date de la tentative de renversement du régime Biya, coup d'état qui échouera de peu. Dès cet instant Biya ne sera plus jamais le même, son entourage aussi va changer, il va s'entourer de ses amis et des hommes de sa tribu et tous les gens qui l'ont aidé à sauver sa peau. Il va transformer l'armée, y exclure les hommes du grand Nord (région de l'ex président Ahidjo) ou alors minimiser leur rôle dans cette armée nouvelle, en supprimant par exemple la garde républicaine constituée à plus de 80% pour cent des partisans d'Ahidjo, qui seront très rapidement remplacés dans la garde présidentielle nouvelle création constituée des hommes de Biya.
Ceux qui ont sauvé le régime vont bientôt avoir une place importante et prépondérante, sinon unique auprès du « roi », le posséder, ils vont le posséder et il en sera le prisonnier. Désormais rien ne sera plus comme avant, le régime va devenir paranoïaque, finit les rêves de la démocratie, exit les rêves de la rigueur, de moralisation et démocratisation de la vie publique, le libéralisme communautaire (c'est le titre d'un titre qu'on impute au président Biya et dont l'auteur serait en réalité François SENGAT KO), la démocratie est proscrite du vocabulaire, et en 1987 on annonce la crise économique. Le pouvoir et le régime ne servent plus la nation, mais gère les apparences, l'avenir du pays n'intéresse plus personne, mais l'avenir même du pouvoir est la seule chose qui vaille la peine. Le pouvoir ne sert plus que le pouvoir, se maintenir et se protéger devient la seule obsession, la distribution des cartes le seul objectif. La gestion n'est plus rigoureuse, mais la course à l'enrichissement, les grandes familles et les clans au sein du pouvoir se bataillent pour contrôler et posséder l'argent et l'influence auprès du « big boss » qui s'en donne à c½ur joie, et s'adonne à sa passion, appliquer les principes lus dans le « petit prince » de machiavel. Corruption, paupérisation des masses, montés des inégalités et du tribalisme, du favoritisme dans les écoles et les universités, baisse du niveau scolaire, fraudes douanières, fraudes de toutes sortes sur les diplômes et trafic des épreuves aux examens, montée des violences et du grand banditisme, exclusion des masses, détournements de fonds publics, délabrement de l'agriculture, fuites des capitaux, absentéisme et vénalité des fonctionnaires, fermetures des entreprises, chao du système bancaire, dévalorisation de l'intelligence et de l'école, dévalorisation des diplômes, délabrement du système sanitaire, épidémies et décès en masses des populations dans des hôpitaux, meurtres des dirigeants politiques et des opposants. Je n'aurai pas assez de place pour décrire vers quoi tourna le régime de monsieur Biya, qui laissa faire et se montra d'une impuissance caractérisée, tourna le dos au peuple qui l'avait pourtant adulé, au point de narguer tout un pays en disant un jour « si vous voulez que je punisse, apportez moi des preuves. ». c'est effroyable, et la situation n'a pas changé, malgré la mise au coffret de Titus EDZOA ancien vice roi au royaume de Biya, et l'action récemment de l'ambassadeur des Etats-Unis qui a conduit à quelques arrestations sommaires de 5 personnes sur une liste de plus 100 fonctionnaires plusieurs fois milliardaires en CFA, alors que la masse des fonction a subie une double baisse de salaire, et qu'un fonctionnaire selon le niveau de vie du Cameroun a un salaire mensuel qui lui permet de tenir raisonnablement pendant une semaine tout au plus.
Le choix de l'alternance
Une chose est sûre le constat que fait le président est le suivant, « on ne peut plus continuer ainsi, les choses doivent changer ». On ne peut que souscrire à une telle analyse. La question qui se pose maintenant c'est comment changer les choses et avec qui ? comment réparer aussi tous ces impairs et injustices qui ont été commis, comment réconcilier la masse des exclus dont nous faisons partie d'avec les bourreaux qui ont jouis des biens appartenant à tout le pays pendant plus d'un quart de siècle. Comment penser l'avenir demain. Ce qui m'a toujours intrigué chez Paul Biya c'est ça très grande capacité et lucidité à poser et à faire l'analyse objective de la situation au Cameroun et à poser les bonnes questions d'une part, et d'autre part son étonnante impuissance et incapacité en tant que dirigeant à y apporter des réponses. Lorsque que le président de la république pose la question suivante, « quel Cameroun allons nous laisser à nos enfants ? », quelle question juste et judicieuse, quelle réponse y apporte t-il ? Lui-même dans son discours du 31 décembre réponds « aucune, sinon que des mauvaises », je paraphrase à peine. Il est donc temps que nous pensions à une alternative dans notre pays, le dernier mandat de Paul Biya s'achève en 2011, c'est déjà demain, les jeunes et les bonnes volonté à l'intérieure comme à l'extérieure du Cameroun doivent s'unir et proposer des choses nouvelles et concrètes. Proposer des solutions pour un véritable renouveau et progrès social, culturel et économique au Cameroun. Tel est le sens de notre démarche quand nous proposons la création d'un club de réflexion et d'action devant aboutir à la fondation d'une véritable possibilité d'alternative. Ce club est Alternative Cameroon » et son blog que nous vous proposons de visiter et d'y participer au débat est www.altcam.skyblog.com. Nous osons espérer que nous arriverons à construire un avenir pour le Cameroun et les Camerounais de cette génération et des générations futures dans un monde qui exige de nous inventivité et solidarité. En ce sens nos valeurs culturelles africaines sont encore une chance que nous devons saisir et ne pas laisser disparaître.
Que Dieu bénisse le Cameroun
Vive le Cameroun, les Camerounaise et les Camerounais.
Pierre Armand BIKELE